Le Petit Chaperon Rouge
illustré par David Revoy
Le Petit Chaperon
Rouge
illustré par David Revoy
D'après une version française ancienne transmise par tradition orale et recueillie dans le Nivernais en 1870 mélangée à la version plus populaire mais aseptisée de Jacob et Wilhelm Grimm ( 1812 ) et à certains passages de la version de Charles Perrault ( 1698 ).
Il était une fois une adorable jeune fille si jolie que tout le monde aimait rien qu’à la voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Une fois, cette vieille femme lui fit une belle cape à capuche de velours rouge et la fillette la trouva si jolie, elle lui allait si bien, qu’elle ne voulut plus porter autre chose et qu’on ne l’appela plus que le Petit Chaperon rouge.
Un jour, sa mère lui ordonna :
- "Petit Chaperon rouge, voici du pain et du beurre : tu les apporteras à ta grand-mère ; elle est malade et affaiblie, et cela devrait l'aider à se rétablir. Fais vite, avant qu’il ne fasse trop sombre. Et sois bien sage en chemin: ne va pas sauter de droite et de gauche, pour aller tomber et gâcher les provisions de grand-mère. Et puis, dis bien bonjour en entrant et ne farfouille pas dans tous les coins ; grand-mère est alitée et a besoin de calme.
- Je serai sage et je ferai tout pour le mieux, promit le Petit Chaperon rouge à sa mère, avant de lui dire au revoir et de partir.
Mais la grand-mère habitait à une bonne heure du village, tout là-bas, dans la forêt; et lorsque le Petit Chaperon rouge entra dans la forêt, ce fut …
… pour rencontrer le loup. Celui-ci eut bien envie de la manger sur le coup ; mais il n’osa pas, de peur d'attirer les Bûcherons qui travaillait dans la forêt. Il décida donc d'engager la conversation.
- Bonjour, Petit Chaperon rouge, dit le loup.
- Merci à toi, et bonjour aussi… loup
Elle ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter à écouter un loup.
- Où vas-tu, Petit Chaperon rouge? Continua t-il
- Chez ma grand-mère.
- Que portes-tu dans ton panier, dis-moi?
- Un morceau de pain et du beurre dit le Petit Chaperon rouge ; nous l’avons cuit hier et je vais en porter à grand-mère, parce qu’elle est malade et que cela lui fera du bien.
- Où habite-t’elle, ta grand-mère, Petit Chaperon rouge? demanda le loup
- Plus loin dans la forêt, à encore une demi-heure d’ici, dit le Petit Chaperon rouge.
- Sur quel chemin? celui des aiguilles ou celui des épingles?
- Celui des aiguilles, dit la jeune fille.
Fort de ce renseignement, le loup pensa : “ Un fameux régal, cette mignonne et tendre jeunesse ! Grasse chère, que j’en ferai : meilleure encore que la grand-mère, que je vais engloutir aussi. Mais attention, il faut être malin si tu veux les déguster l’une et l’autre. ”
Telles étaient les pensées du loup tandis qu’il faisait un bout de chemin avec le Petit Chaperon rouge.
Puis il dit, tout en marchant :
- Toutes ces jolies fleurs dans le sous-bois, comment se fait-il que tu ne les regardes même pas, Petit Chaperon rouge ? Et les oiseaux, on dirait que tu ne les entends pas chanter ! Tu marches droit devant toi comme si tu allais à l’école, alors que la forêt est si jolie !
Le Petit Chaperon rouge donna un coup d’oeil alentour et vit danser les rayons du soleil à travers les arbres, et puis partout, partout des fleurs qui brillaient. “ Si j’en faisais un bouquet pour grand- mère, se dit-elle, cela lui ferait plaisir aussi. Il n'est pas si tard et j’ai bien le temps d’en cueillir. ” Sans attendre, elle quitta le chemin pour entrer dans le sous-bois et cueillir des fleurs; une ici, l’autre là, mais la plus belle était toujours un peu plus loin, et encore plus loin dans l’intérieur de la forêt.
Le loup, pendant ce temps, avait fait chemin tranquillement à la maison de la grand-mère et frappait à sa porte.
- Qui est là? cria la grand-mère.
- C’est moi, le Petit Chaperon rouge, dit le loup imitant habilement le timbre de la jeune fille; je t’apporte du pain frais et du beurre, ouvre-moi !
- Tu n’as qu’à pousser délicatement le loquet vers le haut, tout en faisant quelques va-et-vient avec la poignée; la porte s'ouvrira, cria la grand-mère. Je suis trop faible et ne peux me lever.
Le Loup s’exécuta, poussa la porte et entra brutalement pour attaquer la grand-mère.
Il la tua sur le coup.
Se préservant pour un dîner plus copieux à venir, il mit la viande dans le chaudron qui pendait à la crémaillère de la cheminée et versa le sang dans quelques bouteilles. Il mit ensuite la chemise de la vieille femme, s’enfouit la tête sous son bonnet, et se coucha dans son lit, puis tira les rideaux et ferma la porte pour que l'obscurité dissimule les traces du massacre .
Le Petit Chaperon rouge avait couru de fleur en fleur, mais à présent son bouquet était si gros que c’était tout juste si elle pouvait le porter. Alors elle se souvint de sa grand-mère et se remit bien vite en chemin pour arriver chez elle.
Le Petit Chaperon rouge frappa à la porte.
- Qui est là ?Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup eut peur d’abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit : C’est moi le Petit Chaperon rouge, qui t’apporte du pain frais et du beurre. Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : pousse délicatement le loquet vers le haut, tout en faisant quelques va-et-vient avec la poignée; la porte s'ouvrira. Le Petit Chaperon rouge s'activa et la porte s’ouvrit.
Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture: Mets le pain et le beurre dans la huche, mon enfant. Tu dois avoir faim à cette heure, prends de la viande qui est dans le chaudron et bois donc un peu de vin sur la table.
Pendant qu'elle mangeait, la vieille chatte de la maison lui disait :
- Salope !... qui mange la chair et boit le sang de son ancêtre !
Tout parut de plus en plus bizarre pour le Petit Chaperon rouge et elle se dit : “ Mon dieu, comme tout est étrange aujourd’hui! D’habitude, je
suis si heureuse quand je suis chez grand-mère ! ”.
- Déshabille-toi, mon enfant, dit le loup, et viens te coucher avec moi.
- Où faut-il mettre ma robe ?
- Jette-la au feu, mon enfant, tu n'en as
plus besoin.
- Où faut-il mettre mes chaussures ?
- Jette-les au feu, mon enfant, tu n'en as plus besoin.
Et ainsi de suite pour tous ses habits restants, chaussettes, brassière , culotte ; elle lui demandait où les mettre. Et le loup répondait : "Jette-les au feu, mon enfant, tu n'en as plus besoin."
Elle s’avança jusqu’au lit, nue en ouvrant l'épaisse couverture. La grand-mère y était couchée, avec son bonnet qui lui cachait presque toute la figure. Quand elle fut couchée, la jeune fille s'étonna :
- Oh, comme tu es poilue, grand-mère !
- C'est pour mieux me réchauffer.
- Comme tu as de grands ongles, grand-mère !
- C'est pour mieux me gratter.
- Comme tu as de grandes oreilles, grand-mère !
- C’est pour mieux t’entendre.
- Comme tu as de gros yeux, grand-mère !
- C’est pour mieux te voir, répondit-elle.
- Oh ! grand-mère, quelle grande bouche et quelles terribles dents tu as !
- C’est pour mieux te manger!!! cria alors le loup, qui avala le pauvre Petit Chaperon rouge d’un seul coup.
Sa voracité satisfaite, le loup retourna se coucher dans le lit et s’endormit bientôt, ronflant de plus en plus fort, la panse bien remplie.
Un bûcheron, qui passait devant la maison l’entendit et pensa: “ Qu’a donc la vieille à ronfler si fort ce soir? Il y a quelque-chose qui ne va pas...” Il entra donc et, s’approchant du lit, vit le loup qui dormait là. Il allait entailler l'animal de toute ses forces avec sa hache, quand, tout à coup, l’idée lui vint que le loup avait peut-être mangé la grand-mère et qu’il pouvait être encore temps de la sauver. Il décapita d'abord le loup endormi, puis entailla délicatement la panse de sa hache. Au deuxième ou au troisième coup, il vit une chevelure. Deux ou trois coups encore, et la jeune femme sortit du loup encore tremblante de peur et ruisselante de sang.
Le bûcheron prit la peau du loup et rentra chez lui; pour ce qui est du Petit Chaperon, après cette tragédie, elle se jura :
“ Jamais plus de ta vie tu ne quitteras le droit chemin ” ...